EVOLUTION ET LIMITES DE LA CHRISTIANISATION EN PAYS SERERE (1880-1955)

Thèse pour le doctorat en Lettres (spécialité Histoire)

Présentée et soutenue par Diegane SENE
Sous la direction de M. le Professeur Jacques GADILLE

   Lyon, Novembre 1997 

                                                                              

 

Après le départ du futur évêque, le P. Guibert, Béraud n'a donc pas dû faire trop le trajet Kaolack Diourbel puisqu'au courant du mois de février de cette année 1947, le premier prêtre résident, le P. Bouvet, arrivait enfin a Diourbel. Il y resta pendant une dizaine d’années (5). C'est avec lui que la mission "s'enracina et prit son extension"(6). Le P. Bouvet prit rapidement la mesure de sa tache et, tirant sans doute les leçons du passé, comprit qu'il ne servait à rien de s'enfermer dans la ville, même s'il y trouva un nombre enfin appréciable de chrétiens 110 Africains sérères" et 150 Européens et Libanais (7).

Aussi parcourut-il la "brousse" des son arrivée à la recherche de catéchumènes. L'arrivée en décembre 1947 d'un compagnon, le P. Joffroy, le libera davantage et ses tournées s'intensifièrent.

Ce missionnaire, qui disait venu pour les Africains et particulièrement les Sérères avait une conception de la mission qui fut celle des grands pionniers, comme ne manquèrent pas d'en témoigner ses successeurs et ses fideles, de Diourbel à Niakhar (un peu plus tard) en passant par Ndiaganiao : "il va de l'avant "écrit le P. Durand, "sillonne tous les sentiers, en vrai défricheur. Il est infatigable comme un vrai scout qu'il est resté. Il pratique le détachement des biens de ce monde en campant perpétuellement ; sa générosité, qu'on lui a parfois reprochée, le maintient dans une pauvreté proche du dénuement, un dénuement qui s'affirme dans toute la mission, où l'on vit au jour le jour, et que pratique même sa voiture, réduite peu à peu aux organes essentiels"(I).

Le récit de ce successeur direct du père est confirmé par de nombreux autres témoignages desquels nous nous contentons d'extraire le plus frappant. Il est de l'un de ses tout premiers fideles de Ngohé à son arrivée à Diourbel en 1947 : "le père était un brave paysan qui, aux champs, damait le pion aux plus jeunes cultivateurs sérères. Ce qui fait qu'il n'était plus totalement blanc, à force de cultiver. 11 ressemblait à un "Nar Ganar"(2). Il voulait tellement rester dans le milieu sérère qu'il tenait à évangéliser qu'il préféra demeurer à Ngohé dès son arrivée plutôt que de s'installer à Diourbel où il ne se rendait que le samedi soir pour préparer et dire la messe du lendemain"(3). 

Dans ces conditions, la mission de Diourbel était loin de se limiter à la ville mais s'étendait dans les villages environnants et parfois dans des villages moins proches du Sine, pourtant censés être pris en charge par Diohine.

On estime ainsi que pendant son séjour dans sa mission du Baol, "le chiffre des chrétiens a quadruplé"(4). Au moins vingt villages ont été pourvus de chapelles (5) sans compter l'école de Ngohé (6).

Au même moment en effet, les 110 chrétiens sérères du P. Bouvet à son installation à Diourbel s'étaient largement multipliés ; ils étaient devenus 450 (3).

Bien peu pour tant de sacrifices sans doute mais beaucoup, quand on sait qu'il s'agissait de centaines de personnes arrachées, non plus à l’’ animisme'', mais à l'islam, au mouridisme qui avait fini de faire du Baal le berceau de sa force et de son expansion.

Pour les missionnaires en effet, un seul homme converti, dans ces conditions au christianisme représentait une victoire inestimable.